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 Monseigneur Antoine Adolphe Dupuch
 Premier Evêque d'Alger, décédé à saint-Augustin

 Sommaire
 Où commence le fil d'Ariane ?
 Qui était Monseigneur Antoine, Adolphe Dupuch ?
 Organiser le culte en Algérie !
 En 1841 les troupes d’Abd el Kader envahirent la plaine de la Mitidja.
 L’attitude pacifiste de Mgr Dupuch est devenue, aux yeux des militaires, indésirable.
 Captivité d’Abd el Kader.
 Que devient Monseigneur Dupuch ?
 
 

Où commence le fil d’Ariane ?

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En 2002 la municipalité de Bordeaux décide de rénover la sacristie de l’église saint Augustin.

Il faut bien sûr la vider de tous les objets hétéroclites qui se trouvent là. Gilbert Gach est alors intrigué par une plaque de marbre. Son état est pitoyable, des gravats la recouvrent et du plâtre la macule.

A peine lisible, l’objet en marbre vert porte une inscription latine.

Voici sa traduction :

    "Ici, épuisé par de vaillants labeurs, ayant acquis la reconnaissance de l'Eglise d'Afrique, tout effondrée depuis le temps d'Augustin, restaurée dans la peine et les larmes, aspiré par le repos céleste, s'endort dans le Seigneur le Révérend Monseigneur Antoine Adolphe Dupuch, Evêque de Julia Césarée (Alger) le 11 juillet de l'An de grâce 1856."


 

La recherche commence.

 
 

A ce moment là, beaucoup ont oublié qui était Monseigneur Dupuch. Gilbert Gach ne peut se résoudre à cet anonymat. Il sensibilise le curé de la paroisse qui était alors le Père Jean-Marie Le Maire afin que la plaque soit rénovée et apposée sur le pilier gauche, près du cœur de l’église. Ceci ne peut se faire sans une manifestation qui révèlera à tous, qui était ce grand bordelais venu s’éteindre dans une maison qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle salle municipale de saint-Augustin.


 
 Qui était Monseigneur Antoine, Adolphe Dupuch ? Haut de page
 

Fils de Lucie (Jenny) Bounin 1775-1810 et de Jean Dupuch 1752-1811.

Sa mère meurt alors qu’il a juste 10 ans et son père décède peu après.

Orphelin, c’est son oncle Jean-Barthélémy Dupuch 1773-1847 et sa tante Jeanne (Rosy) Bounin 1777-1852 qui l’élèvent.

 

Vers 15 ans, son oncle envoie Antoine à Paris pour poursuivre ses études de droit. En 1820, il revient à Bordeaux où il exerce sa profession d’avocat durant deux ans.

 
 

Sa vocation est ailleurs.

 
 

Le 1 juin 1822, il entre au séminaire d’Issy les Moulineaux près de Paris.

Le 27 mai 1825  il est ordonné prêtre en l’église Saint-Sulpice à Paris.


Toujours très attentif à ce qui se passe autour de lui, il constate les difficultés et les souffrances des plus pauvres.

Il s’inquiète du sort des uns et des autres.

Il crée beaucoup d’œuvres pour aider les personnes.

Il fonde l’association des petits savoyards pour soutenir ces enfants ayant quitté leur Savoie natale afin de devenir ramoneurs de cheminées à Paris.

Il fonde, en 1832, l’œuvre des Salles d’Asile.

Il crée, en 1834,  une maison d’accueil pour les anciens prisonniers, puis une autre (Sainte-Philomène), pour les  filles repenties.

 

En 1835, pendant l’épidémie de choléra, son action est telle, que le préfet de Bordeaux  demande et obtient pour lui la Légion d’Honneur.

1836: Il ouvre un orphelinat pour les fils de 56 marins sinistrés à La Teste.

 
 

Depuis 1830 la colonisation de l’Algérie a commencé.

Le pape Grégoire XVI s’éprend d’une idée: La résurrection de l’Eglise d’Afrique.

 
 

Organiser le culte !

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Louis-Philippe décide d’avoir un évêque à Alger.

En France, les responsables font le choix d’Antoine Adolphe Dupuch tant sa personnalité et sa réputation sont reconnues.

Sa nomination le saisit juste au moment où il se disposait, à remettre à l’archevêque de Bordeaux et aux membres affiliés de ses œuvres, un mémoire dans lequel il se déclarait dans l’impossibilité de faire face aux obligations contractées: 20 000 francs or.

 

Le 28 octobre 1838 Antoine Adolphe Dupuch est sacré évêque à la cathédrale de Bordeaux.

 

C’est en 1838 qu’Antoine Dupuch est nommé, par le pape Grégoire XVI, évêque d’Alger, ville qui vient juste alors d’être érigée en évêché.

 
 

Tout est à faire.

 
 

Monseigneur Dupuch se déplace constamment pour connaître le pays, visiter les civils et les militaires, connaître la population autochtone.

Il travaille beaucoup et fonde de nombreuses œuvres: écoles, dispensaires, églises, etc.…

Il est touché par la pauvreté et la détresse des algériens.

Il a de fréquents rapports avec la population musulmane.

 

Mgr Dupuch ne pouvait tenir devant le spectacle de la misère.

Donner était chez lui un besoin irrésistible.

C’était jour, et même nuit, la procession interminable des quémandeurs.

Nul ne repart sans son obole.

 
 

Mgr Dupuch avait plutôt le tempérament d’un missionnaire enthousiaste que d’un administrateur réfléchi.

Il improvisait volontiers, n’organisait que par accident.

Que d’impromptus dans ses créations !

Que de mutations dans son personnel !

Que de programmes opposés dans son gouvernement !

L’historien s’y perd.

Mais peut-être que ni les hommes, ni les choses ne se prêtaient encore dans le « chaos » universel de l’époque, à un plan suivi et à des essais longuement mûris.

On n’avait pas le temps: il fallait agir de suite et avec les éléments qu’on avait sous la main.

 
 

En 1841 les troupes d’Abd el Kader envahirent la plaine de la Mitidja.

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Les colons durent s’enfuir en toute hâte et se réfugier à Alger.

Rien n’était prévu.

Ce fut la misère noire, la faim tenaillante.

Mgr Dupuch se dépouilla de tout, de sa montre, de sa chaîne d’or, de sa croix pectorale de cérémonie, d’une magnifique coupe en vermeil, d’un anneau de très grand prix, de la riche patène d’un calice, de son argenterie, de ses objets les plus chers, des souvenirs les plus sacrés de sa famille.

 
 

Monseigneur Dupuch l’ami d’Abd el Kader

 

Nuit du 4 octobre 1840:

Village de Dely-Ibrahim, enlèvement de la diligence de Douera par les Hadjoutes.

Parmi les captifs, le sous-intendant militaire Massot.

Sa famille supplie Mgr Dupuch d’intervenir auprès du gouverneur, le Maréchal Valée, afin qu’on propose à l’ennemi un échange de prisonniers.

Le gouverneur refuse d’agir personnellement mais autorise l’évêque  d’écrire à Abd el Kader.

 
 

La lettre de Monseigneur Dupuch:

 
 

« Tu ne me connais pas mais je fais profession de servir Dieu et d’aimer en Lui tous les hommes, ses enfants et mes frères.

Si je pouvais monter à cheval sur le champ je ne craindrais ni l’épaisseur des ténèbres, ni le mugissement de la tempête, je partirai, j’irai me présenter à la porte de ta tente et je te dirai d’une voix à laquelle, si on ne me trompe pas sur ton compte, tu ne saurais résister: donne moi, rends moi celui de mes frères qui vient de tomber entre tes mains guerrières…mais je ne peux point partir moi-même.

Cependant laisse-moi dépêcher vers toi un de mes serviteurs et suppléer par cette lettre écrite à la hâte que le ciel eut bénie car je l’implore du fond du cœur.

Je n’ai ni or ni argent et ne peut t’offrir au retour que les prières d’une âme sincère et la reconnaissance la plus profondément sentie de la famille au nom de laquelle je t’écris.

Bienheureux les miséricordieux car il leur sera fait miséricorde à eux-mêmes. »

 
 

La réponse d’Abd-el-Kader :

 
 

« J’ai reçu ta lettre, je l’ai comprise, elle ne m’a pas surpris d’après ce que j’avais entendu raconter de ton caractère sacré. Pourtant permets-moi de te faire remarquer qu’au double titre que tu prends de serviteur de Dieu et d’ami des hommes tes frères, tu aurais dû me demander non la liberté d’un seul mais bien plutôt celle de tous les chrétiens qui ont été faits prisonniers depuis la reprise des hostilités. Bien plus, est-ce que tu ne serais pas deux fois digne de la mission dont tu me parles si, ne te contentant pas de procurer un pareil bienfait à deux ou trois cents chrétiens tu tentais encore d’en étendre le bienfait à un nombre correspondant de musulmans qui languissent dans vos prisons ? Il est écrit: faites aux autres ce que vous voudriez qu’on vous fit à vous-même. »

 
 

Certains essaient de faire capoter l’échange.

 
 

Mais l’échange se fait.

L’émotion est forte.

Les prisonniers et les témoins des deux cotés témoignent de leur admiration pour Mgr Dupuch et Abd El Kader.

Une amitié naît entre les deux hommes.

La confiance s’établit entre eux:

Une harmonie est possible entre les deux peuples.

Ils pensent devenir des artisans de paix


 
 L’attitude pacifiste de Mgr Dupuch est devenue, aux yeux des militaires, indésirable. Haut de page
 

A partir de 1842, ce fut une véritable chasse à l’homme, surtout de la part de ses créanciers.

Il démissionna le 5 décembre 1845

Le 22 juillet 1846,

il quitte définitivement Alger à bord du bateau « La Tamise » (presque 8 ans après).

Il séjourna 15 mois à Turin.

Retour à Bordeaux (1848).

1851, sa vie étant menace, il fuite en Espagne (Six mois).

Retour à nouveau à Bordeaux après l’intervention d’une généreuse amitié.

 

 
 

Captivité d’Abd el Kader.

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L'EMIR décide d'arrêter la guerre et choisit l'exil en Décembre 1847... Le Gouvernement Français accepte de le transporter en Orient...!!!

L'engagement français n'est pas respecté !!... L'EMIR est conduit en prison à Toulon, puis à Pau. De là, il est déplacé, avec le reste de ces compagnons, vers Amboise. Pour cela, il passe par Bordeaux les 4, 5 et 6 novembre 1848. Il rencontre là son ami Antoine Adolphe Dupuch.


 
 

ABD El-KADER au château d'Amboise

(Livre plaidoyer de Mgr DUPUCH)

 
 

Mgr DUPUCH adresse cette lettre à Napoléon III, pour demander la liberté promise à l’émir Abd el-Kader lors de sa reddition. Il fait un portrait psychologique et moral de l’émir avec lequel il avait été en contact en Algérie et qu’il a rencontré à plusieurs reprises au cours de sa captivité.

“  Mais pourquoi le gouvernement français a-t-il attaché tant de prix jusqu’ici à cette même longue et douloureuse captivité d’Abd-el-Kader ? Pourquoi hésite-t-il encore malgré la foi promise en son nom au mois de décembre 1847, à lui rendre une rigoureuse et trop tardive justice ? Qui peut donc le retenir davantage, lui qui représente pourtant si évidemment en ce moment la nation la plus généreuse et la plus chevaleresque du monde, et dont le noble chef connaît le prix de la captivité ? ” 



 

Il est considéré comme prisonnier d'état jusqu'à Octobre 1852, date à laquelle Napoléon III vient enfin le libérer.

Il s'embarque pour la Tunisie et s'installe à Brousse, puis se fixe définitivement à Damas où il reçoit un accueil triomphal.

En dehors de quelques voyages et d'un nouveau pèlerinage, il ne quitte plus la Syrie et consacre son temps à la méditation, à la prière, à l'enseignement et aux œuvres de bienfaisance.


 
 

En 1860, les émeutes de Damas lui fournissent l'occasion de s'illustrer comme un personnage hors série. Il sauve des milliers de chrétiens du massacre et fait reculer les émeutiers. Plusieurs Chefs d'Etat lui adressent des félicitations et des décorations notamment ceux d'Angleterre, de Russie, de France... Célèbre et honoré, il s'éteint à Damas le 26 Mai 1883.

 

 
 

Une foule considérable assiste à ses funérailles.

 
 

« Si les musulmans et les chrétiens me prêtaient l'oreille, je ferais cesser leurs divergences et ils deviendraient frères ».

 

L'auteur de cette exhortation moderne à la paix et à la tolérance ? Un des personnages les plus extraordinaires du XIXe siècle, l'émir Abd el-Kader.

 

 
 

Que devient Monseigneur Dupuch ?

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En 1856, il loua la demeure dite du « Grand Maurian » pour y terminer ses jours en compagnie de son serviteur maître Jean.

Voici ce qu’il écrit:

« J’ai résolu d’habiter une maison près de la ville, cette maison est vaste, elle est meublée, il y a un grand jardin entouré de murs et une belle prairie. »

(Actuellement c’est l’emplacement occupé par la salle municipale, le bureau de poste, le foyer des anciens. C’est en face de l’église).


 
 

Le 11 juillet 1856, à 3h35, il décède des suites et complications d’un anthrax au cou à l’âge de 56 ans.

Le cardinal Donnet l’assiste et lui donne les derniers sacrements.

Son corps fut descendu dans un caveau où pendant longtemps, avait reposé les restes du cardinal Cheverus.



 

Le 28 juillet 1864, son corps réclamé à Alger y fut transféré. Il reposa 30 jours avec beaucoup de considération dans les bâtiments de l’amirauté. Puis il fut descendu dans la crypte de la cathédrale d’Alger.

 


 

Il a été décidé de réinstaller la vitrine suspendue et la plaque gravée (remontant aux années 1900), concernant Antoine Adolphe Dupuch afin que tous les habitants du quartier et les gens de passage puissent connaître et se réapproprier ce patrimoine local.

 

 
 

La vitrine, en bois dur, de style néo-gothique, a été fixée à l'entrée de la nef latérale droite.

Une plaque en laiton, précise :

Antoine Adolphe DUPUCH, prêtre bordelais,

premier évêque d'Alger,

20 mai 1800 - 11 juillet 1856.

 

Son masque mortuaire repose là.


 

Pour illustrer de façon vivante ce témoin généreux de l'Evangile, une reproduction photographique a été placée sur le fond.

Il s'agit d'une toile peinte lorsqu'Antoine Adolphe avait environ trente cinq ans en compagnie d'un petit ramoneur.

Elle illustre tout à fait son ouverture aux autres, en particulier aux plus fragiles et tout spécialement les enfants en difficulté qu'il n'a cessé d'aider durant toute sa vie.

 
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